Intoxication par des rodenticides anticoagulants chez le chat


CONDUITE A TENIR EN URGENCE

L’intoxication du chat par des raticides anticoagulants est une intoxication très fréquente, en particulier pour les chats qui ont accès à des endroits fréquentés par les rongeurs : exploitations agricoles, clubs hippiques, remises, greniers, caves, … En France, c’est la deuxième cause d’intoxication du chien, après les insecticides.

Dans certains cas, l’intoxication par des anticoagulants peut aussi être la conséquence de l’ingestion accidentelle par le chat de médicaments anticoagulants humains, classiquement utilisés pour certaines affections cardio-vasculaires.

En cas d’ingestion d’anticoagulants, dans la mesure du possible, prendre l’emballage du produit suspecté pour le montrer au vétérinaire. En effet, il existe de très nombreuses sortes de raticides, y compris de rodenticides anticoagulants.

Les raticides (rodenticides) anticoagulants sont des produits très répandus et vendus en droguerie, jardineries, supermarchés,… sous plus de 1000 noms commerciaux différents. Ils se présentent sous forme d’appâts prêts à l’emploi : grains de céréales en vrac ou en sachets, blocs, pates, … Les professionnels utilisent aussi des liquides ou des « poudres de piste ».

Les raticides (rodenticides) anticoagulants peuvent être classés en 3 catégories :

  • Rodenticides anticoagulants de 1ère génération : Coumafène (warfarine), Coumatétralyl, Chlorophacinone, Difacinone, Coumachlore. Pour cette catégorie, la persistance du toxique dans l’organisme est de 7 à 15 jours.
  • Rodenticides anticoagulants de 2ème génération : Bromadiolone, Difénacoum. La persistance du toxique dans l’organisme est de 15 à 21 jours.
  • Rodenticides anticoagulants de 3ème génération : Brodifacoum, Diféthialone, Flocoumafène. La persistance du toxique dans l’organisme est de plus de 21 jours.

Contrairement à une idée reçue, l’ingestion par le chat d’un seul rongeur intoxiqué n’est pratiquement jamais en cause. Si le chat a ingéré le toxique depuis moins de 3 heures, il est utile de le faire vomir, mais il reste indispensable de faire des tests de coagulation dans les jours qui suivent.

En cas d’intoxication d’un chat par des raticides anticoagulants, ne jamais administrer d’anti-inflammatoires.

 

GRAVITÉ

Urgence vétérinaire vraie. La gravité varie selon l’importance des signes cliniques au moment du diagnostic et de la prise en charge. En l’absence de traitement, c’est une intoxication mortelle pour le chat en une semaine environ.

En revanche, le pronostic est favorable si l’intoxication est diagnostiquée précocement et le traitement mis en place rapidement et suffisamment longtemps.

 

PRINCIPAUX SYMPTÔMES ET MÉCANISMES D’ACTION

Les signes cliniques surviennent entre 1 à 12 jours après l’ingestion, le plus souvent 2 à 3 jours, et de façon insidieuse, par l’apparition de signes généraux peu spécifiques tels que : fatigue, inappétence ou anorexie, faiblesse générale, pâleur des muqueuses.

Des signes respiratoires et cardio-vasculaires apparaissent ensuite : toux, difficultés respiratoires (dyspnée), respiration rapide et superficielle (polypnée), pouls faible, augmentation de la fréquence cardiaque (tachycardie).

Des hémorragies se produisent et peuvent se traduire par du sang dans les urines (hématurie), dans les selles (méléna), des vomissements hémorragiques (hématémèse), des saignements au niveau des gencives, des hématomes, une épistaxis, des hémorragies oculaires,…

Dans de nombreux cas, les hémorragies peuvent ne pas être visibles (hémorragies pulmonaires, hématomes profonds, …). Elles peuvent aussi être responsables de boiteries.

Le toxique agit par une action anti-vitamine K. La vitamine K favorise la synthèse de divers facteurs de coagulation.

 

QUEL VÉTÉRINAIRE CONTACTER ?

Si votre vétérinaire traitant est ouvert, c’est bien évidemment l’interlocuteur privilégié. En son absence, pour ce type d’urgence, une consultation sans délai dans un service d’urgence est indispensable. En effet, des tests sanguins, radiographies, … doivent être mis en place.

 

HOSPITALISATION

Pratiquement toujours nécessaire pour réaliser des tests sanguins. Certains (temps de Quick) sont modifiés dès 24 heures après l’ingestion du toxique et avant l’apparition des premiers signes cliniques.

Dès lors que des signes cliniques sont présents, l’hospitalisation est indispensable. Un diagnostic différentiel avec les autres causes d’anémie et de saignements doit être établi : hémophilie A, hémophilie B, maladie de von Willebrand, …

Le recours à des analyses, des radiographies, … est donc nécessaire. Les examens sanguins vont permettre d’apprécier l’importance de l’anémie, confirmer la présence de troubles de la coagulation et en déterminer l’origine.

Un traitement spécifique peut alors être institué, associé à une réanimation médicale et surveillance adaptées. Dans les cas les plus graves, une transfusion sanguine est nécessaire.

A VOIR AUSSI


  • • Intoxication par l’oignon, l’ail, l’échalote et les poireaux chez le chat

    L’oignon (Allium cepa) est responsable d’intoxication chez le chien, comme d’autres plantes de la même famille : poireau, ail, échalote, etc. Cru ou cuit, l’oignon est toxique pour le chien. Le chat est plus sensible que le chien, et il s’intoxique avec une dose moindre (chez le chien 1 oignon suffit pour un chien de 10 kg).

    Bien prise en charge, l’intoxication du chien par les oignons est rarement mortelle mais le chien peut mettre plusieurs jours à récupérer.

  • • Intoxication à l’aspirine chez le chat

    L’aspirine, ou acide acétylsalicylique, est un médicament présent dans presque tous les foyers et très largement utilisé chez l’homme. Il existe de très nombreux médicaments humains contenant de l’aspirine : Alka-seltzer ®, Aspégic ®, Aspro ®, Catagine ®, Céphyl ®, Juvépirine ®, …

  • • Intoxication à la crimidine (raticide, souricide) chez le chat

    La crimidine est un souricide sous forme de céréales écrasées. Le produit est en vente libre sous divers noms commerciaux (Castrix ®, Souryl foudroyant ®, …).

    L’intoxication du chat par des raticides est une intoxication très fréquente, en particulier pour les chats qui ont accès à des endroits fréquentés par les rongeurs : exploitations agricoles, clubs hippiques, remises, greniers, caves, …

  • • Intoxication par l’antigel chez le chat

    C’est une intoxication plus fréquente en hiver.

    L’éthylène glycol se présente sous la forme d’un liquide sirupeux à la saveur sucrée, ce qui attire généralement les chats. Il est utilisé dans les circuits de refroidissement des voitures, les circuits de chauffage central, divers systèmes de réfrigération. Des additifs amers sont souvent ajoutés pour limiter le risque d’intoxication des enfants et des animaux.

    Le produit est responsable d’une irritation digestive. Il ne faut pas faire vomir l’animal.

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